Ce poème
a été écrit le 24 juin 1889
par Jean Grignard, en hommage au monde souterrain
de la Belgique.
Il a été
publié par Guy De Block dans Cavernes
et Souterrains, histoires et légendes
(ETS, 1980, p.233).
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La grotte
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Sous le roc, où jadis, le géant
qui s'affaisse, Elevait vers le ciel sa grise
forteresse, Habitèrent, dit-on, des esprits
inconnus. On ne savait rien d'eux. D'où
seraient-ils venus, Si ce n'est de l'enfer? Ils
n'étaient pas du monde... On avait entendu
leur valse furibonde. Chacun les redoutait :
derrière les verrous Les conteurs hasardaient
le nom de loups-garous.
Et le pâtre,
attardé devant la roche sombre, Prétendait
qu'une fois, affolé, là, dans l'ombre, En
revenant des bois, il avait rencontré Deux
grands yeux flamboyants à travers le fourré.
D'autres avaient ouï des clameurs sur la
rive, Et grand 'mère pourtant qui n'était
pas naïve, En me berçant le soir,
derrière les verrous, M'a souvent, bien
souvent, parlé des loups-garous.
Qu'as-tu
donc abrité, mystérieux asile? Quels
êtres dans tes flancs ont élu domicile?
As-tu vu, des sorciers, les sabbats tapageurs Et
de leurs nuits sans fin, les cyniques horreurs,
Leur sarabande et leurs affreuses saturnales?
As-tu vu leurs repas, leurs danses infernales, Et
ta voûte jadis fut-elle un rendez-vous Des
suppôts de l'enfer, sorciers ou loups-garous?
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