Une exploration spéléologique qui finit mal... |
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[Page précédente] [Page suivante] Pendant 5 bonnes minutes, tout ce monde à 4 pattes dans l'obscurité donne libre cours à sa joie, sans du tout penser à ce qui l'attend encore. C'est inouï comme la nature humaine peut passer en quelques minutes de la dépression la plus totale à l'exaltation et l'oubli. Les premières effusions passées, nous songeons à analyser les causes de cette arrivée sans lumière. La lampe de poche est toujours attachée à son cou mais la pile est déchargée. Nous y plaçons celle du photophore de G. Après de nombreux tâtonnements une lumière qui fait mal à nos pauvres yeux déshabitués en jaillit, mettant ainsi le point final à nos malheurs. Cette fois, il ne nous reste plus qu'à suivre docilement le chien. Nous calculons déjà l'heure de notre retour à Genève. A notre grande surprise, il part obstinément dans la direction d'où nous venons. Comme nous sommes malgré la lumière en galerie inconnue, nous ne discutons pas et emboîtons le pas sans compter ni contrôler notre parcours. Il avance avec une sûreté si grande que nous avons peine à le suivre et éteignons fréquemment pour freiner sa marche. Il s'arrête enfin au fond d'un petit couloir sans issue visible, patauge et boit à une petite vasque où il prend finalement le parti de s'asseoir et noys observe avec une satisfaction et un calme déconcertants. G. écumant de rage et n'y tenant plus s'écrie : "Regardez cette sale bête, hein!... elle se fout de nous". Quelle baisse d'enthousiasme maintenant. Il ne nous reste plus qu'à éteindre la lampe et nous concerter sur notre nouvelle situation. Nos délibérations sont interrompues par le passage dans le groupe de notre guide à 4 pattes qui bouscule tout. Nous rallumons et le suivons, n'ayant en somme plus rien de mieux ou de plus censé à faire. Notre cortège passe maintenant dans un autre lot de petites galeries inconnues. D. qui lors d'une halte nous a abandonnés un instant pour une reconnaissance dans une bifurcation nous appelle. Il est couché sur le flanc dans une étroite faille et ne peut aller plus loin, mais comme les échos du jet de pierres laisse supposer une salle, il aimerait savoir si un chemin détourné nous aurait ramenés à celle que nous cherchons. Deux ondulations du sol empêchent d'en éclairer le bas, c'est pourquoi nous y amenons le chien, lui mettons la poignée de la lampe dans la gueule et le poussons en avant. Il arrive à faire encore 4 nouveaux mètres avant d'être arrêté par l'étroitesse de cette faille. Le but est cependant atteint, sa lampe éclairant magnifiquement une salle aux strates saillantes et verticales qui n'est pas du tout celle que nous cherchons. Chacun de reculer, y compris notre lampiste qui ne trouve rien de mieux que de poser sa lampe au fond de la faille avant de nous rejoindre. Nous le renvoyons deux fois de suite, deux fois il revient sans la lampe. Que faire? Aucun de nous n'est assez mince pour aller récupérer notre seul luminaire. Une envie terrible nous prend de flanquer au coupable ce qu'il mérite. Nous nous dominons toutefois et après d'hypocrites caresses il finit par se décider à retourner dans sa faille aux cris de "Ramasse", "Apporte", etc. Au bout d'un instant il se baisse, saisit quelque chose, recule en nous apportant : une pierre.
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