Spéléologie (2)
  Vous êtes ici : Accueil | Divers  | Langue | Définitions | Universalis | Spéléologie (2)
   
   

 

[Page précédente] [Page suivante]
 

 

2. L'archéologie souterraine

À toutes les époques, l'homme a pratiqué l'exploration souterraine pour chasser, rechercher le salpêtre ou le guano, ou bien, tout simplement, pour trouver un abri ou fuir un danger. En outre, les grottes ont été lieux de culte, abris de sorcier ou de magicien, quelquefois ermitages.

Il faut distinguer les cavités artificielles et les cavités naturelles.

Certaines cavités artificielles correspondent à des galeries de recherche minière; on connaît ainsi des puits d'extraction de silex, datés du Néolithique, des galeries romaines débouchant dans des gisements de cuivre, des labyrinthes de galeries créés par l'extraction de pierre de construction (par exemple, les 300 km de galeries creusées sous l'agglomération parisienne au cours de plusieurs siècles). Les carrières se sont transformées en souterrains refuges pendant les périodes troublées, comme les souterrains de Naours, en Picardie, capables d'abriter trois mille personnes. Le souterrain, crypte ou temple, pouvait avoir une destination religieuse et souvent sépulcrale en même temps (catacombes de Rome).

Les entrées des cavités naturelles, même petites, ainsi que les surplombs rocheux, faciles à défendre, ont servi d'abris. Les fouilles réalisées montrent que l'implantation de campements successifs s'est poursuivie jusqu'à l'époque historique. La grotte de l'Hortus, dans l'Hérault, connue pour son campement de chasseurs néandertaliens, était encore occupée au Ve siècle de notre ère par une population chrétienne, pauvre et rustique, vivant de l'élevage des chèvres. La proximité du jour permettant une activité continuelle, donc l'accumulation de dépôts variés, fait de ces habitats des gisements très riches en informations.

L'homme s'est enfoncé très loin à l'intérieur des cavernes. Aux époques sèches du Néolithique, les suintements en cavernes constituaient des points d'eau appréciables. Les spéléologues découvrent des "grottes citernes", parfois d'accès difficile, où les poteries qui permettaient de recueillir l'eau de stillation des voûtes sont demeurées en place. Aux mêmes époques, il était courant d'accumuler les morts dans certaines "grottes ossuaires". Citons le cas particulier de la grotte du Pas-de-Joulié (Gard), où les morts étaient déposés sur le sol de la grotte, les uns à côté des autres.

Ailleurs, les hommes ont chassé sous terre. Il existe des grottes à Ursus speleus, repérables aux nombreuses griffades entaillant les parois lustrées par le frottement répété de toisons graisseuses, aux bauges en cuvette dans la terre du sol, à la présence de phosphate et d'ossements. Il y a quelque cent mille ans, le chasseur paléolithique s'attaquait aux jeunes ours, plus faciles à maîtriser, directement ou à l'aide de filets ou de nouds coulants, pas toujours avec succès, comme le montrent, dans la grotte de Mixnitz, ces crânes d'ours fracturés tous sur le côté gauche. Les pattes d'ourson constituaient un mets particulièrement apprécié. Le culte de l'ours aurait été pratiqué au fond de certaines grottes.

Il y a dix mille à trente mille ans, les chasseurs se livraient à de véritables explorations spéléologiques. Il arrive que l'on voie leurs traces à plusieurs centaines de mètres de l'entrée: empreintes de pas, fragments de torches, concrétions brisées, traces de désobstructions, dans les grottes de Niaux et du Tuc-d'Audoubert, dans l'Ariège, de Miremont, en Dordogne, ce qui prouve que, dès cette époque, l'homme se déplaçait sans difficultés à l'intérieur de grottes complexes. La datation au 14C des charbons trouvés sur le sol a pu attester des visites échelonnées sur des milliers d'années, jusqu'à ce qu'un glissement de terrain vienne obstruer la grotte.

Les parois de beaucoup de cavités sont couvertes d'inscriptions, de gravures ou de peintures, les unes contemporaines (noms de visiteurs actuels), ou bien datant des XIIIe, XIVe, XVe siècles (pentacles de sorciers campagnards), les autres, paléolithiques, tracées, en principe, au Magdalénien III (10 000 à 20 000 ans av. J.-C.), quelquefois à plus de un kilomètre de l'entrée. D'une qualité exceptionnelle, même en se référant aux plus belles productions de l'art contemporain, ces ouvres figurent des hommes (le "sorcier" des Trois-Frères), des femmes (Pech-Merle, Lot), des mains (Gargas), des signes énigmatiques, mais surtout des représentations animales d'une exceptionnelle richesse. Expliquer cet art plus qu'ancien et qui traduit une culture très élaborée est difficile (cf. art préhistorique). La pensée magdalénienne ne ressemble pas "à celle d'un bourgeois du XIXe siècle travesti en pourfendeur de bisons" (A. Leroi-Gourhan). Les recherches actuelles s'orientent vers l'analyse de manifestations religieuses ancrées dans l'inconscient collectif. "L'artiste est l'interprète des secrets de l'âme de son temps."

 

 

[Page précédente] [Page suivante]